
Pendant des années, beaucoup étaient convaincus qu’une Ferrari électrique ne verrait jamais le jour. Mais, après des mois de rumeurs et de teasers, Ferrari a enfin levé le voile sur la Luce, son tout premier modèle 100 % électrique. Sans doute la voiture la plus attendue, mais aussi la plus redoutée de ces dernières années.
Quelques heures seulement après sa présentation officielle à Rome, l’action Ferrari chutait de 8 %. Un véritable choc pour la marque italienne, longtemps habituée à des performances boursières records. Sur les réseaux sociaux, les passionnés eux aussi s’affrontent. Certains mettent en avant une prouesse technologique, d’autres parlent tout simplement de trahison.
La Luce ne ressemble à aucune autre Ferrari connue jusqu’ici. Il s’agit d’une berline fastback cinq portes de plus de 1 000 chevaux, avec cinq vraies places, et dotée d’un design futuriste imaginé par Jony Ive, le créateur de l’iPhone. Une chose est sûre, Maranello prend le plus grand risque de son histoire.
Une Ferrari dessinée comme une Apple Car
Pour la première fois, Ferrari a volontairement décidé de briser les codes esthétiques qui ont construit son identité, et ce depuis des décennies. Lignes agressives, ailes musclées ou encore proportions typiques des Ferrari à moteur V8 ou V12. Tous ces attributs disparaissent avec la Luce.
Avec ce modèle, la marque italienne abandonne les silhouettes traditionnelles des supercars pour une approche totalement inédite. Cette grande berline fastback longue de plus de 5 mètres de long se dote d’une immense verrière noire monolithique et d’un design minimaliste, une première pour Maranello.
Ce choix stylistique n’a rien d’un hasard. La Luce est le fruit d’une collaboration avec LoveFrom, le studio fondé par Jony Ive et Marc Newson, connus pour avoir imaginé le design de nombreux produits emblématiques d’Apple. Le résultat saute immédiatement aux yeux, certains détails rappellent l’univers technologique de Cupertino avec des formes très épurées, des lignes douces et des surfaces plus proches d’un objet high-tech que d’une supercar italienne.
Ferrari justifie ce choix par les nouvelles possibilités offertes par l’électrique. Sans moteur thermique massif à l’avant, les designers ont pu optimiser l’aérodynamique mais aussi l’efficience. Résultat, le constructeur italien annonce un coefficient aérodynamique record de 0,254 obtenu sans aucun aileron actif.
Malgré un travail impressionnant, ce choix stylistique très radical divise les passionnés. Beaucoup peinent à retrouver l’ADN historique du cheval cabré dans cette silhouette futuriste. Ferrari a voulu frapper fort, au risque de choquer. Avec cette Luce, impossible de rester indifférent.


Un habitacle inspiré de l’univers Apple
À bord aussi, Ferrari adopte une nouvelle philosophie et casse ses codes. Un mélange de futurisme, de minimalisme et de matériaux ultra-haut de gamme. Aluminium sculpté, verre, cuir, interfaces épurées, chaque détail est pensé comme un véritable objet de luxe.
Contrairement à de nombreuses électriques équipées de plusieurs écrans, Ferrari choisit la sobriété et conserve plusieurs commandes physiques. La Luce devient également la première Ferrari cinq places avec un espace à bord généreux et un coffre de 597 litres, du jamais vu pour la marque !
Le volant intègre le célèbre Manettino, mais s’enrichit d’un tout nouvel « e-Manettino » permettant de gérer directement le comportement du groupe électrique.


1 050 chevaux mais une Ferrari qui change totalement de philosophie
Sur le plan technique, la Luce impressionne. Sous sa carrosserie, Ferrari a développé une plateforme entièrement nouvelle, pensée exclusivement pour ce modèle. Chaque roue dispose de son propre moteur électrique, permettant un contrôle extrêmement précis du comportement de la voiture.
En mode Launch Control, la puissance atteint jusqu’à 1 050 chevaux pour un couple total de 990 Nm. Les performances sont dignes des supercars les plus extrêmes. Avec un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, un 0 à 200 km/h en 6,8 secondes et une vitesse de pointe de 310 km/h.
Mais Ferrari met surtout l’accent sur les sensations de conduite. La Luce inaugure un système inédit baptisé « Torque Shift Engagement ». Contrairement aux systèmes qui simulent artificiellement une boîte de vitesses, Ferrari utilise les palettes au volant pour moduler la manière dont le couple est délivré ou récupéré au freinage. Le conducteur peut ainsi ajuster précisément le comportement de la voiture à l’entrée ou à la sortie d’un virage. Comme s’il gérait en permanence la mécanique interne du véhicule.
Ferrari promet une expérience de conduite plus naturelle, plus progressive et surtout plus émotionnelle que celle des autres électriques ultra-puissantes, jugées souvent trop brutales ou trop aseptisées.

Ferrari vise une nouvelle génération de clients
Avec plus de 2,2 tonnes, la Luce devient l’un des modèles les plus lourds jamais produits par la marque italienne. Un chiffre colossal pour un constructeur historiquement associé à la légèreté et à l’agilité.
Pour rassurer ses clients, Ferrari met en avant sa batterie directement intégrée à la structure. La Luce embarque une imposante batterie NMC de 122 kWh fonctionnant sous 800 V, offrant jusqu’à 530 km d’autonomie ainsi qu’une recharge ultra-rapide pouvant atteindre 350 kW.
Cette batterie structurelle abaisse fortement le centre de gravité, au point que Ferrari affirme que les sensations de conduite se rapprochent de celles d’une voiture plus légère d’environ 400 kg. Mais au-delà des chiffres, La Luce révèle surtout un changement stratégique majeur.
Ce modèle ne s’adresse plus uniquement aux passionnés de V12 atmosphérique. Ferrari cible désormais une clientèle plus sensible à la technologie, au luxe, au design et à l’innovation qu’au simple bruit d’un moteur thermique. Les marchés asiatiques, en particulier en Chine, semblent être au cœur de cette nouvelle orientation.
Cependant, cette évolution inquiète les puristes. Les réactions ont été particulièrement virulentes après sa présentation, au point que Luca di Montezemolo, ancien président de Ferrari de 1991 à 2014, a laissé entendre que ce modèle pourrait « détruire un mythe ».

550 000 € pour la première Ferrari électrique
Avec un prix d’entrée fixé à 550 000 €, la Ferrari Luce devient officiellement le modèle de série le plus cher du catalogue actuel. Et c’est précisément sur ce point que le débat devient houleux. Aujourd’hui, plusieurs électriques très haut de gamme offrent des performances comparables pour des tarifs bien inférieurs. La Porsche Taycan Turbo GT, par exemple, coûte presque deux fois moins cher, tandis que certains modèles chinois ultra-performants affichent des performances similaires.
Ferrari se défend en expliquant que la Luce ne doit pas être jugée uniquement à travers ses chiffres. La marque revendique avant tout une expérience, une exclusivité et une nouvelle vision de son avenir.
Pourtant, la chute nette de l’action Ferrari après la présentation montre que même les investisseurs s’interrogent sur ce pari audacieux.
En réalité, la Luce incarne le défi colossal auquel le cheval cabré est confronté en 2026. Celui de réussir à entrer dans l’ère de l’électrique sans perdre l’image mythique qui construit sa légende depuis plus de 75 ans.
Reste à savoir si les clients de la marque accepteront un virage électrique aussi radical.
